Extrait du site de PROMETRA INTERNATIONAL

Dans les pays en voie de développement, la santé moderne est souvent définie
par l’absence de médecins, de personnels, d’équipements et d’hôpitaux. Et là
où les équipements existent, les factures médicales sont inaccessibles pour
la majeure partie de la population. Le prix des médicaments modernes ne
cesse d’augmenter, devenant ainsi hors de portée des populations. Face à
cette réalité, nous pensons qu’il serait utile de s’inspirer du passé pour
satisfaire les besoins médicaux du présent et construire l'avenir. Nous
estimons que l'Afrique a un rôle fondamental à jouer dans la recherche des
solutions à nos problèmes de santé, et nous avons longtemps invité le monde
à jeter un regard étroit sur la médecine traditionnelle. Comme démontré par
la récente Stratégie Mondiale de l'OMS sur la médecine traditionnelle et
alternative, il s'avère que les pays développés commencent à y avoir un
regain d’intérêt.
Depuis
1971, nous travaillons pour restaurer et préserver les pratiques médicales
traditionnelles africaines avec différents guérisseurs, au niveau de notre
Centre Expérimental de Médecine Traditionnelle (CEMETRA) à Fatick, Sénégal, et
avec nos partenaires dans d'autres pays africains et à travers le monde. Nous
avons commencé notre projet dans la région de Fatick, au Sénégal, parce que les
habitants de cette partie du Sénégal sont parvenus à préserver leurs traditions
concernant la médecine traditionnelle; et ceci, malgré l’exploitation étrangère
qui a duré des siècles, la pauvreté et la sécheresse. Notre premier objectif
était comment arriver à distinguer les vrais guérisseurs des charlatans. Ainsi,
nous nous sommes vite rendus compte que les méthodes de tri modernes et les
études statistiques ne fonctionneraient pas dans cette situation. Ainsi,
avons-nous décidé d’employer des méthodes africaines. Pour ce faire, nous avons
choisi des enquêteurs natifs de la région dont Leurs rôles consistaient entre
autres à préparer les habitants des villages de toute la région à recevoir un
comité scientifique de PRO.ME.TRA qui leur demanderait de faire l’identification
de leurs guérisseurs locaux.
Au niveau de chaque village, les enquêteurs ont organisé une rencontre
regroupant des notables, des présidents d’associations locales, des chefs de
village et des leaders d’opinion pour leur parler de l'étude à mener. Quand les
membres du comité scientifique sont arrivés au niveau des villages, ils ont
réussi à travailler de manière efficace avec une assistance présélectionnée et
intéressée. Les membres du comité ont non seulement fait l’explication détaillée
du projet, mais ils ont aussi convaincu les villageois de l'importance d’une
telle étude, obtenu un engagement de coopération et demandé de nommer les vrais
guérisseurs du village.
Le comité est parvenu à visiter
168 villages sur les 264 que compte la région de Fatick et a enregistré une
liste interminable de guérisseurs traditionnels. Le comité a alors procédé à une
vérification de la liste en demandant aux
écoliers
(on sait que les enfants n’ont pas de préjugé personnel et que la vérité pouvait
émaner d’eux) d'identifier les vrais guérisseurs. Devant les enfants, le comité
a procédé par des questions du genre : "j'ai un malade mental à la maison et
voudrais savoir où je peux trouver un guérisseur qui peut le traiter." La
réponse livrée par les enfants était la même : "aller au village X et demander
M. ou Mme Y. c’est d’ailleurs lui ou elle qui a soigné le fou errant Z de notre
village." Souvent, le nom donné par l'enfant ne figurait sur aucune de nos
listes, quoique nous ayons visité le village une demi-douzaine de fois. Après
investigation, nous avons constaté que la personne existe réellement, et ainsi
l'avions-nous ajouté sur la liste.
Après 14
ans d'activités sur le terrain, PRO.ME.TRA a créé l'association des
guérisseurs traditionnels du Sine (Malango) en 1985. L’association Malango
est dirigée par un bureau régional qui est contrôle les bureaux locaux au
niveau des communautés rurales. Les villages qui sont au sein de chaque
communauté rurale disposent également de leurs propres bureaux. Cette
structure en forme pyramidale, permet la diffusion efficace d'informations à
partir des villages jusqu'au niveau régional. Chaque bureau a deux
commissions spécifiques : une commission de pénalité et une commission
contre le charlatanisme. Aujourd'hui, l'association de Malango compte plus
de 450 membres, dont 22% sont des femmes. Les guérisseurs traditionnels, les
prêtres traditionnels, les chefs de culte, et les devins de toutes les
régions du pays sont tous habilités à être membres de l'association. En
Afrique, les guérisseurs traditionnels sont en même temps les gardiens des
coutumes, des traditions et responsables de la santé et de l'éducation
sanitaire de la majorité de la population. L'objectif des guérisseurs de
Malango est de pratiquer librement leur art curatif et de faire partie du
système de santé national. Par conséquent, ils se sont engagés dans toutes
les actions visant la légalisation de la médecine traditionnelle. Les
guérisseurs de Malango travaillent en collaboration avec d’autres
associations de guérisseurs au Sénégal et à travers l'Afrique. Ils apportent
souvent leur assistance technique aux associations de guérisseurs
nouvellement créées et font participer d'autres guérisseurs dans leurs
propres projets.
Extrait du site de PROMETRA INTERNATIONAL